L’envers du miroir
L’envers du miroir
Lorraine Thomas
2-9 mai 2024 – EMPRISE
Il y a dix ans j’avais réalisé l’expérience suivante et elle m’avait marqué: ayant collé une surface obstructive sur un miroir, m’y regardant et n’y trouvant pas mon visage mon attention se porta dans une zone inconnue, sombre et chaude quelque part à l’arrière de mon crâne. Il s’agit d’un projet d’envergure…





Une personne de petite taille, probablement un enfant, se regarde dans un miroir, ce qui l’entoure s’adresse à l’espace alors qu’elle semble absorbée par son image. Il s’agit d’un assemblage de type architectural; il y a des lignes droites, des surfaces, un miroir, du solide et du plus mou, une forme sculpturale suspendue, des mots sont inscrits au sol. Dans cette exposition qui rassemble des oeuvres nouvelles et d’autres plus anciennes le miroir est utilisé, non comme c’est sa fonction traditionnelle, pour donner à voir, mais bien plutôt pour perturber, sinon interdire, la vision : il y a le miroir gouffre, celui qui surveille, ceux qui obstruent… Elément crucial dans la logique d’organisation des oeuvres le miroir est rendu « non-narcissique » au profit de l’oeuvre et de l’espace dans lequel elle se déploie. Le travail interroge la nature de l’objet, qui, dans un sens, est à la fois le miroir physique et le reflet : le miroir comme concept et abstraction. Le miroir, médiateur spatiale et philosophique occasionne une distance entre l’oeuvre et le spectateur, le temps de reconstruire ce qui a été dé-construit, y compris nos certitudes d’une perception sensorielle qui serait vérité.
